Le journal officiel des étudiants et des étudiantes de HEC Montréal


Bye-Bye Bush, hommage au président sortant, par Stéphanie Yared

Par Collaborateur spécial • 5 nov 2008 • Categorie: Politique

Aux dires de Ronald Reagan, président des États-Unis dans les années 80, « un gouvernement, c’est comme un bébé. Un tube digestif avec un gros appétit d’un bout et aucun sens des responsabilités de l’autre. »

La véracité de ses propos est étonnante. Responsabilité? Un autre des mots dont Bush ignore la signification. Après tout, enlisée dans deux guerres et aux prises avec sa pire crise financière depuis 1929, l’Amérique qu’a dessinée Georges W. Bush est bien peu reluisante. Imaginez un instant que les Américains aient désigné Al Gore en 2000 comme président… où en serions-nous aujourd’hui? Un sentiment presque fantasmagorique m’envahit à l’idée de ce scénario où le rapport de Kyoto aurait été signé; l’Amérique aurait profité de son image à la suite des attentats du 11 septembre pour consolider ses relations diplomatiques de paix; les lobbyistes n’auraient pas joué un rôle aussi important dans les prises de décision; et l’Amérique aurait perpétué ses valeurs de justice et d’égalité. Les banques centrales auraient ainsi limité la dérèglementation au lieu de l’encourager et la crise financière n’aurait pas eu des proportions aussi grandes… Trêve de plaisanteries, le retour à la réalité s’impose.

Portrait du rêve américain recréé selon Bush

Maintenant, en fin de mandat, une rétrospective s’impose. Roosevelt, reconnu comme l’un des meilleurs présidents, nous a légué son New Deal et a redéfini le libéralisme américain. Eisenhower a mis fin à la guerre en Corée. Kennedy a fait avancer la course à l’espace et a marqué le monde par son charisme. Johnson a lutté contre la pauvreté et a géré la guerre du Vietnam, et Clinton a joué un rôle majeur sur la scène internationale. Devant ces icônes de la politique et issues d’une dynastie politique (dont Bush a Sali le nom), les attentes envers ce 44e président étaient au rendez-vous.

Quel est l’héritage du double mandat de George W. Bush? On se souviendra de lui comme le président avide de guerre et de pouvoir. Une ignorance teintée de sadisme et un jugement pour le moins douteux ont mené à la déchéance de son pays dans l’arrogance de la scène internationale.

Dans une entrevue récente au Times, il dit regretter d’être vu comme un président guerrier, mais les regrets ne pèsent pas bien lourd dans la balance face aux actes qui en disent long. Au lendemain du 11 septembre, il déclare la guerre au terrorisme et ne mâche pas ses mots tout au long de son mandat : « Bring them on! Dead or Alive! ». Bref, un vocabulaire familier et agressif inapproprié pour un président digne de ce nom… À ce propos, les Américains semblent enfin lucides : la cote d’appui de Bush est la plus basse enregistrée (19 %) et il figure parmi les pires présidents. Le Parti républicain jouit également d’une popularité des plus basses.

Le récent film d’Olive Stone, W, dépeint le président sous un angle psychologique intéressant, au point où on en vient presque à éprouver de l’indulgence pour lui. Bien que né d’une famille extraordinaire, on voit que Bush était promu à un destin ordinaire, les espoirs de ses parents relégués sur son frère cadet, Jeb.

Puisqu’il était intéressé par les femmes, le poker et l’alcool davantage que par ses études ou par les questions politiques, on se demande ce qui a mené Bush à devenir président… jusqu’à ce que l’on comprenne l’envergure du conflit qu’il entretient avec son père. Il en résulte un besoin inhérent de se prouver à lui-même, à son père et au peuple américain, tâche à laquelle il a failli. Résultat? Il s’agit de la première élection où l’administration complète sera changée, signe éloquent du désir de changement des Américains. L’importance de la couverture médiatique rappelle d’ailleurs l’influence que le choix d’un président a sur le monde.


Tournés vers l’avenir

Maintenant à la croisée des chemins, pour le meilleur ou pour le pire, le 43e président a enfin été élu après tant de suspens. Ce sera l’occasion pour l’Amérique de redorer son image et surtout, d’entamer un nouveau chapitre dans son Histoire. La finance, l’environnement, la politique extérieure, la gestion de la guerre en Irak ainsi qu’une remise sur pied du système de santé et d’éducation, voilà quelques questions auxquelles le prochain gouvernement sera confronté. Enfin, conserver l’hégémonie des États-Unis ne sera pas une mince tâche. Mon conseil? Au bout du tube, espérons voir naître un sens des responsabilités.

Tags: , , , , , , ,

Collaborateur spécial L'Intérêt reçoit régulièrement de nombreux articles de plusieurs collaborateurs qui sont publiés dans les pages de ce journal. Vous pouvez envoyer vos articles également par e-mail si vous désirez être publié par L'Intérêt.
Envoyer un e-mail | Tous les articles de Collaborateur spécial

Laisser un commentaire