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Plans de sauvegarde : À qui profite cet argent?

Par Adrien Delanoe • 5 nov 2008 • Categorie: Affaires, Idées


Les États lancent des bouées de $auvetage aux banques naufragées

Depuis quelques semaines, de nombreux États mettent en application des plans de sauvegarde de leur système bancaire. La gravité de la crise actuelle place les États sous les feux des projecteurs puisque ceux-ci vont même jusqu’à renoncer à leurs idéologies libérales et ont recours à l’interventionnisme, ce que les plus grands chefs du socialisme n’ont parfois pu appliquer dans leur pays! Les États-Unis et le Royaume-Uni apparaissent comme les deux principaux exemples.

Les É-U ont adopté le mois dernier un plan de relance massif de l’activité bancaire. L’administration américaine, en adoptant le plan Paulson à hauteur de plus de 700 milliards de dollars, a racheté les créances douteuses des banques du pays en garantissant ces «produits toxiques». Les premiers versements d’un montant de 125 milliards de dollars vont être effectués dans la semaine. Il s’agit de retrouver une confiance entre les acteurs du marché car, actuellement, la rencontre entre les gens qui ont de l’argent à investir et ceux qui ont besoin de liquidités ne se fait plus suite à l’effondrement du système monétaire.

Le Royaume-Uni a recapitalisé ses banques afin d’enrayer la crise de solvabilité des institutions financières du pays, en apportant des capitaux propres afin de permettre une circulation des liquidités entre les banques. L’économie fonctionnera donc mieux, puisque les banques sont les piliers de l’économie libérale : elles avancent les fonds aux entreprises.

Le reste de l’Europe a aussi choisi d’apporter son soutien au milieu bancaire suite aux nombreuses réunions de ces dernières semaines. Chaque État a mis des fonds à la disposition des banques qui feraient la demande d’une aide étatique pour bénéficier d’une recapitalisation afin de poursuivre leurs activités sans problèmes. Ce sont en tout 360 milliards d’euros qui ont été apportés en garantie par l’Europe. Il est à préciser que cette somme ne représente pas une dépense immédiate pour les gouvernements, car les banques doivent connaitre des problèmes de solvabilité auprès de leurs clients ou être proche de la faillite pour bénéficier de ces aides. Les États ont donc garanti les dépôts bancaires des particuliers. Par exemple, la France vient de recapitaliser ses plus grandes institutions pour un montant de 10 milliards d’euros afin que ces dernières soutiennent l’activité économique du pays. La situation est aussi la même en Allemagne; des pays d’Asie (Japon) et du Golfe persique (Koweït) pensent faire la même chose.

Les États ont donc choisi d’investir plutôt que de soutenir la consommation. Ce choix est judicieux, car en économie ouverte, les consommateurs achètent des produits importés, ce qui ne relance pas l’économie nationale.

Mais cette action généralisée de garantie financière doit être fortement contrôlée afin que ce ne soit pas de l’argent « offert » aux banquiers et au monde de la finance. D’autant plus qu’il s’agit d’argent public, donc provenant du contribuable! Les États, étant le dernier rempart de crédibilité sur les marchés financiers, ne doivent pas garantir à tout va, car ils prennent le risque que leurs papiers (obligations, bons du trésor) deviennent à leur tour suspects.

L’État ne doit payer pour le risque assumé par certains banquiers, qui ont pris des positions risquées afin de gonfler leur rémunération personnelle, d’autant plus que lorsque les choix de ces banquiers sont gagnants, l’État ne bénéficie pas de l’enrichissement de la banque et de ses dirigeants.

L’essence du métier des banques est d’évaluer le risque de crédit et non de gagner de l’argent sur les marchés financiers. C’est pour cela que nous devons reconstruire un système où les banques financent l’économie au lieu de financer la spéculation.
Au Royaume-Uni, l’État siège maintenant au conseil d’administration des banques. Il peut donc contrôler les agissements de ses dirigeants et tenter d’en encadrer les rémunérations.

Il faut en finir avec tous les scandales qui touchent le monde financier, par exemple avec l’assureur américain AIG mis sous tutelle de l’administration américaine, car cette société a été proche de la faillite en septembre 2008. Les hauts dirigeants ont cru bon d’organiser une conférence lors d’une fin de semaine dans de luxueux complexes hôteliers avec un prix de 1 000 dollars la nuitée par personne et des massages offerts en bonus. Toutes ces dépenses pour une société proche de la faillite et qui vient « d’être sauvée » par l’État américain! Le contribuable pouvait se demander à juste titre pourquoi il payait ces extras pour des personnes qui n’avaient, semble-t-il, pas compris ce que signifiait le changement de statut de l’entreprise. D’autres situations montrent certaines dérives dans le secteur bancaire. La plus célèbre est l’affaire Kerviel, trader de la Société Générale, qui a fait perdre presque 5 milliards d’euros à sa banque avec ses positions risquées. Un exemple plus récent est venu troubler le milieu bancaire. Alors en pleine crise et après l’annonce des politiques d’injecter des liquidités dans le secteur, le groupe Caisse d’épargne a dévoilé une perte de plus de 750 millions d’euros sur les marchés financiers suite à des agissements spéculateurs (choix hasardeux) de la part d’un des traders du groupe, qui misait sur une remontée générale de la Bourse!

Mais il faut reconnaitre que la réglementation du secteur financier est très difficile à mettre en place et peut engendrer de nouveaux problèmes.

Beaucoup s’accordent pour dire que les financiers ne méritent pas de disposer de bonus annuels chiffrés en dizaines de millions de dollars, mais si on fixe une limite par une loi, il existe des risques de contournement, comme les avantages en nature.

On pourrait aligner les rémunérations des employés, pas sur le profit de l’année, mais plutôt sur la performance économique de l’ensemble de l’établissement à plus long terme.

Pour ce qui est des ventes à découvert (souvent utilisées par les spéculateurs), des études académiques montrent qu’elles améliorent les liquidités et diminuent la volatilité des marchés.

Et il n’est pas juste d’interdire de jouer la baisse d’un titre alors que l’on peut jouer la hausse sans problème en achetant des titres!

Des produits financiers plus transparents pourraient déjà être imposés. Il faudrait forcer les établissements financiers à publier les prix et les détails de leurs transactions sur les produits de crédit et réglementer le marché des produits dérivés.

La situation est donc extrêmement complexe : les États (le contribuable) ne doivent en aucun cas « payer » pour les erreurs de personnes (mal intentionnées ou pas) appartenant au secteur privé. Mais il est impératif, pour maintenir et relancer l’économie, d’aider les banques, puisque celles-ci permettent le prêt des liquidités nécessaires au bon fonctionnement des entreprises d’une économie donnée, ce qui a pour objectif final de maintenir les emplois.

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Un commentaire
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  1. Salut man,

    Tout dabord, félicitations pour ton article, je savais pas que tu faisais des trucs comme ça!! c’est pas mal du tout!!

    Pour ce qui est de tes propositions, c’est assez intéressant. J’ajouterais - si tu me le permets - qu’un moyen efficace de contrecarrer la politique de crédit “douteuse” de certaines banques consisterait à augmenter le taux des réserves obligatoires (RO). En effet, si celles-ci sont plus élevées, l’accès aux liquidités nécessaires à la création de monnaie et donc à l’offre de crédit sera plus difficile. Mais comme tu l’as dit, les banques doivent financer l’économie. En augmentant les RO et en baissant les taux d’intérêts directeurs, on pourrait combiner les 2 choses (limitation des pratiques risquées et possibilité d’octroyer les crédits via des taux plus faibles, le risque inflationniste étant faible vu qu’en plus on est en déflation!). Ce que je veux dire, c’est que même s’il faut réorganiser le système, il faut aussi se baser sur les outils existants.

    Enfin, je voulais juste dire que certes il faut règuler, réglementer la finance mais plutôt que d’encadrer ces nouvelles pratiques, il faudrait peut être tout simplement les supprimer pour revenir à un système bancaire compartimenté c’est à dire supprimer les banques d’affaires qui dépendent des cours de la bourse et adopter un système “à la française”. En effet, la France est mieux protégée que les states même si la crise est systémique et on voit bien qu’une répartition des tâches bancaires a un rôle de “réducteur de risque”…
    Revenon à nos bonne vieilles banque de dépôts…
    Attention, je ne dis pas que tout est à jeter mais plutôt de “réorganiser” le système (de toute façon ce sera pas fait, ne soyons pas utopistes, dès qu’on pourra refaire du fric on en refera, c’est ça la dictature du business à l’américaine), retrouvons celui qui a si bien fonctionné pendant la grande période de prospérité.
    Ajoutons également qu’une normalisation des règles comptables est nécessaire. On en parle pas assez.

    Enfin, juste un bémol sur ton bel article: le fait d’être en économie ouverte n’implique pas forcément que la relance par la consommation est inefficace. Tout dépend du degré de mobilité des capitaux et du régime de change. Mais l’expérience a montré -tu n’as pas tord - que la relance en éco ouverte par la demande pouvait être mauvaise (années mitterrand…).

    Bisous moktar! (et continues)

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